"J’adore tes tatouages. — Merci"

Transgresser les normes avec son apparence : effets et enjeux 



21 janvier 2020

Université Rennes 2

Citation

Kévin Bideaux, 2020. « “J’adore tes tatouages. — Merci.” Transgresser les normes avec son apparence : effets et enjeux », Corps normal, corps idéal ? Enjeux sociopolitiques de la mise en visibilité des corps « hors-normes ». Rennes, Université Rennes 2, 21 janvier 2020.

 


Résumé

Tatouages, cheveux colorés, garde-robe excentrique : avoir un corps qui défie délibérément les normes, qu’elles soient physiques ou socio-culturelles (modifications corporelles, travestissement, etc.), sème toujours le trouble dans les espaces dominants. Corps réifiés, exotisés, fétichisés ou rejetés, avoir un « look atypique » vous classe tantôt du côté des originaux∙ales créatif∙ve∙s, tantôt de celui des marginaux∙ales et des déviant∙e∙s. Au contraire du handicap, de la couleur de peau ou encore du sexe, l’excentricité relève d’un acte volontaire, et elle est en ce sens toujours politique. Ces transgressions corporelles souffrent d’ailleurs de leur évitabilité : elles retirent aux concerné∙e∙s le droit au regret (« fallait y penser avant »), à la parole, et parfois au respect par un processus de réification souvent déguisé en compliments (« tu es vraiment une œuvre d’art »). Quelque fois tolérée voire valorisée, l’excentricité place cependant la personne concernée dans la situation du freak dont l’apparence prime sur toute autre qualité ou compétence. En partant de ma propre expérience de corps « hors norme » (tatouages, cheveux colorés, etc.) et en m’appuyant sur la sociologie du corps, les études de genres et les arts visuels, je montrerai comment les corps volontairement transgressifs sont toujours des sujets politiques. Ils permettent non seulement d’évaluer la norme et ses marges, mais aussi de mettre en évidence les mécaniques de pouvoir (de classe, de genre) sous-jacentes.